Meloni a passé des années en tant qu’allié le plus proche d’Israël en Europe, puis a lancé une démarche qui a amené même Trump à dire « Je suis choqué par elle ».

Image de la Présidenza del Consiglio dei Ministri, Palazzo Chigi, CC BY 3.0.

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Publié : 14 avril 2026 à 20h00

La Première ministre italienne Giorgia Meloni a annoncé le 14 avril 2026 que l’Italie suspendait le renouvellement automatique de son accord de coopération en matière de défense avec Israël, invoquant « la situation actuelle » au Moyen-Orient. Comme détaillé par Politiquea-t-elle fait cette annonce aux journalistes en marge d’un événement consacré à l’industrie du vin à Vérone. Cette décision marque un changement notable par rapport au soutien jusqu’alors indéfectible de l’Italie à Israël.

L’accord en question a été initialement signé en 2003 et formalisé dans un cadre le 13 avril 2016, conçu pour être automatiquement renouvelé tous les cinq ans, à moins que l’une des parties ne choisisse d’y mettre fin. Le mémorandum établit un cadre structuré pour l’échange de matériel militaire, la recherche technologique conjointe et la coopération entre les forces armées respectives, couvrant les achats de défense, la politique industrielle, la formation ainsi que l’importation et l’exportation de matériel de défense. Le ministre de la Défense Guido Crosetto a officiellement notifié son homologue israélien, Israel Katz, déclenchant la suspension.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a rapidement minimisé cette décision, un responsable déclarant au Times of Israel : « Nous avons un mémorandum d’accord datant de plusieurs années qui n’a jamais contenu de contenu substantiel », et ajoutant qu’il « n’affectera pas la sécurité d’Israël ». Cette réponse souligne à quel point l’action de l’Italie se lit comme étant avant tout politique plutôt que militaire, ayant un poids symbolique mais un impact opérationnel immédiat limité.

L’Italie avait accumulé les griefs avant de l’officialiser

La suspension fait suite à une série d’incidents croissants entre les deux pays. Le 8 avril, les Forces de défense israéliennes ont tiré des coups de semonce sur un convoi italien de maintien de la paix à l’extérieur de Beyrouth, au Liban. Aucun soldat n’a été blessé, mais Meloni a qualifié l’incident de « totalement inacceptable » et le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a convoqué l’ambassadeur d’Israël à Rome pour la troisième fois depuis 2024.

Meloni a également condamné Israël pour avoir empêché les dirigeants catholiques de célébrer une messe privée dans l’église du Saint-Sépulcre le dimanche des Rameaux, la qualifiant de « offense à la liberté religieuse », et s’est adressé au Parlement pour critiquer la conduite d’Israël au Liban. Alors que l’Italie a largement soutenu Israël dans la guerre à Gaza et ne reconnaît pas le statut d’État palestinien, la confrontation plus large impliquant l’Iran a provoqué un recalibrage. Meloni a souligné la nécessité de rouvrir le détroit d’Ormuz, avertissant que les perturbations menacent les flux d’énergie et les intrants comme les engrais, posant des risques pour la sécurité économique, une préoccupation qui est également au centre de l’échec des négociations nucléaires entre les États-Unis et l’Iran.

L’Italie a également refusé l’accès à l’atterrissage à Sigonella aux avions américains liés à des missions de frappe, officiellement présenté comme une décision technique en raison de l’absence d’autorisation préalable pour les opérations liées au combat, mais qui comporte une nette sensibilité politique. Au niveau national, des manifestations pro-palestiniennes se déroulent depuis deux ans dans les villes italiennes, souvent motivées par la participation des jeunes, contribuant ainsi à un environnement national plus prudent autour de la politique liée à Israël. Ces pressions internes ont trouvé une résonance politique, en particulier parmi les partis de gauche.

Les relations avec Washington sont également devenues compliquées. Meloni a critiqué les propos tenus par Donald Trump contre le pape comme étant « inacceptables ». Trump a répondu en qualifiant Meloni d’« inacceptable » en retour et en remettant publiquement en question son soutien interne. Au milieu de ces frictions, l’équilibre de l’Italie dans ses relations européennes a attiré une attention renouvelée, notamment la visite de Vance à Budapest pour soutenir Orban, qui a ajouté une texture supplémentaire à l’engagement inégal de la Maison Blanche avec ses alliés européens.

La suspension constitue moins une rupture avec Israël qu’une pause délibérée, préservant une marge pour un réengagement futur tout en répondant aux pressions politiques et stratégiques actuelles.


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